
Grande figure intellectuelle des Lumières, le marquis de Condorcet fut également un mathématicien reconnu dans les domaines des statistiques et des probabilités. Les mathématiques constituaient à ses yeux des outils puissants de résolution de problèmes très concrets mais aussi un moyen pour exercer sa logique. Il en fit d’ailleurs un élément essentiel de son projet d’instruction : “Les premières notions de mathématiques doivent faire partie de l’éducation des enfants. Les chiffres et les lignes parlent plus qu’on ne le croit d’ordinaire à leur imagination naissante, et c’est un moyen sûr de l’exercer sans l’égarer.”
On lui doit le théorème de Condorcet à propos de la représentativité des systèmes de vote, à la fois dans le cadre politique et dans le cadre judiciaire. S’intéressant au délibéré d’un jury, il démontre que plus le nombre de votants est élevé, plus les chances que le résultat du vote aboutisse à une décision correcte sont importantes. C’est sur cette démonstration mathématique qu’il s’appuie pour justifier sa préférence, en matière pénale, pour le jury populaire tiré au sort plutôt que pour les magistrats individuels. Condorcet est le précurseur du référendum d’initiative populaire.
Républicain convaincu, il siège après la Révolution française à l’Assemblée nationale législative parmi les Girondins, et propose un projet de refondation de l’Instruction publique et celle du droit pénal : pour lui, il faut “éclairer les hommes pour en faire des citoyens” car “même sous la constitution la plus libre un peuple ignorant est toujours esclave”. Convaincu que c’est l’ignorance et l’aveuglement qui ouvrent la voie à l’intolérance et au fanatisme, il est favorable à une liberté religieuse exercée dans la sphère privée et prône un enseignement laïc et indépendant du pouvoir politique, qui serait accessible à toutes et tous, sans distinction d’âge, de sexe ou de classe et gratuit pour l’enseignement élémentaire. Pour Condorcet, “il ne peut pas y avoir ni vraie liberté, ni justice, dans une société, si l’égalité n’y est pas réelle ; et il ne peut y avoir d’égalité, si tous ne peuvent acquérir des idées justes sur les objets dont la connaissance est nécessaire à la conduite de leur vie”.
Membre de la Société des amis des Noirs, il participe à l’adoption en mars 1792 d’un décret législatif accordant aux hommes libres de couleur l’égalité civique. Il est également impliqué dans la lutte pour les droits des femmes, et se prononce notamment pour le droit de vote des femmes dès 1788. Il dénonce la violation du principe de l’égalité en droit posée dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (“les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits”) dont les femmes sont victimes.
Fun fact
Avec ironie, il désigne la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen comme une “déclaration des droits de l’homme blanc”. En avance sur son temps ?
