
Profil atypique, Ivan Illich a eu plusieurs vies dans plusieurs pays : d’abord prêtre, il est devenu philosophe puis penseur de l’écologisme et figure importante de la critique de la société industrielle.
L’épisode de sa vie qui nous intéresse le plus dans le cadre de notre édition sur l’éducation est sa nomination en 1956 en tant que vice-recteur de l’université catholique de Porto Rico, où il met sur pied un centre de formation destiné à former les prêtres à la culture latino-américaine. Dans cette université, il est surpris par la similarité entre l’Église et l’École et par la différence entre les buts affichés de l’éducation et ses résultats. Pour lui, l’école prétend réduire les inégalités sociales, mais contribue à les accentuer en concentrant les privilèges dans les mains de ceux qui ont le bagage suffisant. C’est cette expérience qui le conduira à écrire Deschooling Society en 1971, édité en français sous le titre Une société sans école.
En 1961, il fonde le Centre pour la formation interculturelle à Cuernavaca au Mexique, qui deviendra le Centro Intercultural de Documentación (CIDOC), actif de 1966 à 1976. En 1969, il renonce à son sacerdoce, ce qui lui permet de continuer ses travaux au CIDOC, malgré l’interdiction formulée contre les prêtres d’y travailler la même année. Après la fermeture du CIDOC, Ivan Illich revient vivre en Europe et enseigne en Allemagne tout en continuant à écrire et à publier.
Parmi tous ses concepts, l’institutionnalisation est celui qui a eu le plus de retentissement. Selon lui, à partir du moment où la société industrielle, par souci d’efficacité, institutionnalise un moyen (outil, mécanisme, organisme) afin d’atteindre un but, ce moyen tend à croître jusqu’à dépasser un seuil où il devient dysfonctionnel et nuit au but qu’il est censé servir. Ainsi, dans le cas d’espèce qui nous intéresse, selon lui, l’école, comme c’est une institution, nuit à l’éducation en étouffant l’envie d’apprendre. La contre-productivité de ces institutions lorsqu’elles atteignent un seuil critique – voire une situation de monopole – est la notion principale de la pensée illichienne. Dans cette situation de monopole radical, tel qu’il le qualifie, l’institution impose l’idée qu’on ne peut rien faire sans elle. Dans le cadre de l’école, on ne sait plus s’instruire sans passer par un professionnel certifié, ce qui induit une marchandisation de l’humain. En effet, les diplômes et les certificats remplacent le savoir réel, créant une hiérarchie sociale fondée sur la soumission aux experts.
Fun fact
Il quitte Porto Rico en 1960 à la suite de son opposition à deux évêques qui s’opposent politiquement à tout candidat qui voudrait légaliser les préservatifs.
